( AFP / LOIC VENANCE )
C'est la fin de la saga ACI: le tribunal des activités économiques (TAE) de Lyon a placé mardi en liquidation judiciaire la holding de ce repreneur frénétique d'une trentaine de sites industriels en six ans, qui avait mis en danger plus de 1.450 emplois.
"Nous allons faire appel de la liquidation", a assuré à l'AFP Me Gauthier Doré, avocat du médiatique cofondateur d'ACI, Philippe Rivière, regrettant "la précipitation du tribunal qui n’a pas accordé le délai supplémentaire d’une semaine demandé par l’investisseur alors qu’il pouvait être financé par la trésorerie existante".
Des sursis, le TAE lui en a pourtant accordé plusieurs depuis septembre. Le tribunal avait alors placé ACI en redressement judiciaire et déchu de son mandat de dirigeant, sous l’œil inquiet et inquisiteur de Bercy, un Philippe Rivière jusqu'alors fréquemment présenté comme un investisseur modèle, champion de l'hyper-croissance par le regroupement d'entreprises aux activités complémentaires.
Le groupe ACI, créé en 2019, avait compté jusqu'à 1.450 salariés en France dans 35 filiales présentes dans la sous-traitance de pièces et d'équipement dans des secteurs stratégiques comme le nucléaire, l'aéronautique et l'automobile.
Elles ont été placées progressivement en redressement judiciaires depuis septembre. A l'initiative du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) piloté par Bercy, celles qui n'avaient pas été liquidées avaient été proposées à la vente.
Philippe Rivière promettait à chaque audience du TAE de trouver des soutiens financiers pour maintenir l'activité du groupe et les emplois. Mais le TAE n'y a cette fois manifestement plus cru.
- Trésoreries "siphonnées" -
"Le tribunal vient de prononcer la liquidation de la holding car, une fois encore, son président n'a pas été en mesure d’apporter les financements promis", a commenté pour l'AFP Samy Tabti, délégué syndical CGT à Roche MecaTech, une ex-filiale d'ACI vendue en décembre.
Il "achetait avec boulimie", mais ensuite "siphonnait les trésoreries des entreprises pour pouvoir se repositionner en sauveur", avait assuré à l'AFP le 16 décembre dernier Fabrice Fort, représentant de la CGT Métallurgie de la région Auvergne-Rhône-Alpes, peu après qu'ACI eut obtenu un nouveau - et dernier - sursis au TAE.
Les syndicats accusaient l'Etat d'avoir, comme pour d'autres repreneurs en série, multiplié les aides financières à ACI, dénonçant un "scandale des aides publiques" à des "fonds vautours".
La justice pénale, qui a reçu deux plaintes, a également ouvert une enquête pour abus de biens sociaux contre Philippe Rivière.
Trois nouvelles filiales d’ACI Group situées dans la Loire (Tôle & Design à Saint-Etienne, Somer Rectification à La Ricamarie et AMM42 à Champdieu) ont pu trouver des repreneurs lundi et mardi et ainsi sauver une soixantaine d’emplois, ont indiqué à l’AFP leurs nouveaux actionnaires.
Mais Ludwig Beraud, secrétaire général de la CGT Métallurigie de la Loire, fait toutefois part de son inquiétude concernant "les emplois menacés de certaines importantes sociétés du groupe restées sans véritable proposition de reprise". A l’instar de Fralsen, fabricant de pièces microtechniques de précision de Besançon, et Enerflux, qui produit des pompes hydromécaniques à Blois. Ces sociétés comptaient respectivement 75 et 180 salariés à l'ouverture de la procédure collective.
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